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Les yeux de la lune

Le premier semestre de l’année 43 ne connaissait pas de faits marquants, la vie s’organisait, dans notre village, les restrictions ne touchaient que quelques produits comme le sucre, le café et le... tabac. Autrement, quand  le boulanger manquait de farine de blé et qu’il fabriquait son pain  avec du seigle, maman et tante Simone confectionnaient des petits pains au lait avec de la farine produite par monsieur Lorin, un ancien meunier de Marois. Le vieil homme avait remis sa meule en route pour les besoins des habitants du canton. Les gendarmes fermaient les yeux, ils étaient ses premiers clients. Le beurre était fabriqué à la ferme, j’allais aider Simone à cette fabrication, j’étais préposé à tourner la manivelle de l’écrémeuse, une tâche qui demandait de la force pour les premiers tours et une bonne cadence pour les suivants. Concernant le sucre, nous avions de la mélasse produite avec des betteraves à sucre, c’était délicieux. Les difficultés étaient plus nombreuses pour les déplacements, impossible de trouver des pneus et des chambres à air pour les vélos, certains confectionnaient des bandages avec de la ficelle, c’était lourd et fragile. Monsieur Carlier, le cordonnier nous fournissait des galoches en bois, elles étaient solides mais inconfortables, grand-père bricolait des sandalettes avec des bandes de caoutchouc, c’était plus confortable mais il fallait prendre des précautions en marchant et surtout éviter de courir, sinon les bandes cassaient. Quant au tabac si précieux pour grand-père, après avoir fumé de l’armoise qui empestait la ferme des écuries aux greniers, il avait trouvé une solution, devenir planteur de tabac. Au grand dam de tante Simone, dix ares de bonne terre avaient été consacrées à cette culture originale. Grand-père avait tout d’abord reçu des plants venant de la régie des tabacs, plants comptabilisés et qui avaient été soigneusement repiqués. J’avais aidé les trois hommes à effectuer ce travail délicat, ma mission, arroser chaque sujet au pied, en dosant, sans inonder.

- Ce sont des plants de Virginie, paraît que c’est le meilleur tabac.

Grand-père voyait déjà les tiges se développer et les feuilles se former mais, avant cela, sa nouvelle position lui donnait droit à des tickets de tabac supplémentaires.

- J’ai quand même hâte de fumer ma propre production. 

 




03/05/2013
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