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Le rocher du diable

  

J’ai deux pistes dont une est rapidement exploitable, je tente ma chance et prend la direction de Marécourt, où je pourrais bavarder avec l’ancien maçon. Je contacterai le chef d’équipe  résidant au Pays Basque par téléphone, même si une excursion dans cette belle région serait agréable, elle n’est pas envisageable, les frais de déplacements sont soumis à un encadrement de plus en plus rigide.

Marécourt est un village en déclin, à l’image de cette zone rurale, une ferme importante à l’entrée flanquée d’une villa cossue puis une rue principale en complète déconfiture, maisons abandonnées aux toits gondolés quand ils ne sont pas effondrés, volets qui pendent lamentablement,  église au clocher couvert de mousse,  seule la mairie et quelques maisonnettes entourant une placette ont gardé un semblant de vie.

Paul Monatelli est chez lui, son ancienne profession s’affiche ostensiblement dans le jardinet qui précède l’habitation, une arche et un muret en pierres de taille, un faux puits, des bordures dans le même style, le maçon a sérieusement abusé de la truelle.

- Nous serons bientôt les seuls habitants de Marécourt, même les paysans abandonnent leurs terres et s’en vont, il n’en restera plus qu’un, celui à l’entrée, plus de la moitié du territoire de la commune  est déjà exploitée par des cultivateurs d’Auzémont, on est colonisés par ces sauvages. Où est le temps du chantier, toutes les bicoques de la Grand’Rue étaient occupées...Monsieur Jacques, tout de même quelle drôle d’idée de se jeter du haut de la falaise...Je me rappelle bien de la chute sur le chantier, j’étais sur l’échafaudage, un étage en dessous d’eux, les trois bonshommes qui atterrissent sur le tas de sable en hurlant, deux jours avant c’est sur les caillasses qu’ils seraient tombés, sur des gravats et des bouts de ferraille, heureusement que le Marcel avait vidé ses camions de sable contre le mur.

- Vous saviez que le madrier défectueux avait été scié ?

- On l’a su après, des bruits qui couraient sur le chantier, allez savoir pourquoi ils avaient fait ça ?

- Vous aviez une petite idée tout de même ?

- Des bruits j’vous dis, moi je m’suis jamais mêlé des affaires des autres, j’aimais mon boulot, je le faisais du mieux possible, maintenant si des magouilleurs voulaient se faire de l’argent à bon compte.

- Détournement de bois.

- Si vous le savez pourquoi me questionner.

- Le responsable des achats était dans le coup.

- Sans lui le trafic c’était impossible, lui et le fils Lemoine, le beau Francis.

- La scierie Lemoine.

- Ben oui... surtout, ne me demandez pas le nom de l’acheteur, je ne m’en rappelle plus du tout.

- Vous avez rencontré votre ancien directeur lors de son séjour à Balermont ?

- Paraît que monsieur Léonardin a cherché à me voir, nous étions chez nos enfants quand il est passé, ils ont acheté une baraque que je retape avec le gendre, voyez j’ai pas perdu la main...bizarre qu’il soit revenu ici pour se suicider ?

- Le fils Lemoine est encore dans les parages ?

- Il s’est tué en bagnole, quatre ans de ça, mais avant il avait eu le temps de foutre la scierie sur la paille.

- Jean Perrotot, vous le connaissez ?

- Le Jeannôt, vous pensez, quand il était encore au bureau j’avais souvent affaire à lui, j’ ai acheté des tonnes de matériaux chez Godart, vous avez vu dans le jardin, en plus les dimanches et jours de fête, je bossais chez Pierre ou Paul, un mur par ci, un dallage par là, encore maintenant cela arrive mais chut...

 

Le pêcheur ! je dois revenir vers lui.

Le maçon me donne l’adresse de l’ancien comptable, avec la chaleur  d’aujourd’hui Nestor doit faire la sieste et le pêcheur aussi.

 

- L’animal a certainement émigré vers d’autres eaux, ou alors il est mort de vieillesse, cela arrive chez les brochets malins...si vous essayez de ramener de vieilles histoires sur le tapis, méfiez-vous des aspirateurs, ils sont puissants dans le coin.

Encore un rébus, ce Perrotot doit être un spécialiste.

La petite maison enfouie sous une végétation exubérante est agréable, le maître des lieux m’invite à prendre place sur la terrasse.

- Je suis seul aujourd’hui, les femmes sont parties faire des courses en ville, c’est paraît-il moins cher qu’ici... vous parlez, à chaque fois elles reviennent avec des sacs pleins de gadgets inutiles et ne peuvent résister à la tentation des vitrines, pendant plusieurs jours, elles me cachent leurs achats effectués dans  les magasins de vêtements et de chaussures, croyant que je suis dupe...enfin.

- Le fils Lemoine avait un complice au sein de l’entreprise, l’acheteur.

- Vous avez fait le tour, des gagne-petit.

- Mais qui ont commis une tentative d’assassinat.

- Vous êtes comme Jacques, lui aussi croyait dur comme fer que ces deux zigs avaient scié le madrier,  tuer trois personnes pour deux ou trois camions de bois détournés sans être certain que le pot-aux-roses soit sur le point d’être découvert, franchement, vous en connaissez des gens normaux qui feraient une chose pareille? Vous ne m’enlèverez pas de l’idée que le mobile du crime dépassait la simple magouille, la jalousie monsieur Passy, voilà un levier puissant, un sentiment qui sous toutes ses formes a provoqué des massacres depuis que le monde est monde et ce n’est pas fini.

- Et vous aviez fait part de vos réflexions à monsieur Léonardin.

- Comme je vous parle, il commençait à changer d’avis, attention, évitez d’aller vous promener sur le plateau, vous pourriez faire comme lui, tomber dans un petit jardin pour remonter dans le grand.

- Le nom de l’acheteur ?

- Un nom comme Garachaut ou Garichaut, même Jacques ne se souvenait plus, il voulait consulter les archives de son ancienne boîte pour savoir ce qu’est devenu ce monsieur, il n’a pas eu le temps. 

Entre la certitude d’Albertine Dubuisson estimant que le premier accident avait été provoqué par les voleurs de bois alors qu’au contraire Perrotot trouvait la farce un peu grosse pour une telle babiole, ma conviction personnelle penchait plutôt vers la version du pêcheur. Conviction renforcée par le second accident, vingt-cinq ans après les voleurs ne couraient plus aucun risque, Francis Lemoine à plus forte raison.

 

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22/08/2011
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