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Le grand verger (suite)

A la fin de la messe, je ne peux m’empêcher d’aller vers la crèche, l’ange est toujours fidèle au poste, j’aurais envie de glisser des piécettes dans sa besace mais je me domine. Les Durieux ont tourné les talons, ils se dirigent d’un bon pas vers la sortie, inutile d’essayer de les rattraper, il me faut attendre dimanche.

 

- Olivier Montcy, très heureuse de te revoir.

Jacqueline me surprend, elle qui ne mettait plus les pieds à l’église depuis sa communion solennelle ne pouvait manquer de se faire admirer. Enveloppée dans un superbe manteau de fourrure, elle arbore un chapeau tapageur.

- Tu es seule, ton Gaëtan s’est noyé dans l’Atlantique?

- Une vilaine grippe, je n’ai pas souhaité qu’il m’accompagne, l’air vif de notre région pouvait aggraver son cas.

Jacqueline a pris des cours de diction, la sauvageonne qui se baignait toute nue dans la rivière est devenue une grande dame. Les derniers fidèles se retournent sur elle, les hommes sont admiratifs, les femmes dédaigneuses.

- Ta cousine était absente ce soir, est-elle souffrante elle aussi?

- Non, elle est restée près de sa fille.

- Ah oui, j’avais oublié, Clémentine est mignonne paraît-il?

- Et la fameuse croisière?

- Sensass, des paysages magnifiques, un climat de rêve, un véritable paradis, je te conseille ce périple, pour ton voyage de noces éventuellement. J’ai moins apprécié la traversée de l’Atlantique...enfin, que veux-tu, il faut s’habituer à la richesse, au luxe.

- Et le livre?

- Gaëtan a été choqué en découvrant les premières images puis nous avons expérimenté certaines positions...nous pourrions essayer tous les deux, que fais-tu demain matin? Tu ne reviens pas à l’office, j’imagine.

Nous sommes encore sous le porche de l’église, l’endroit est mal choisi pour une telle conversation mais la coquine m’ouvre l’appétit.

- Je reste au lit toute la matinée.

- Alors je viens te rejoindre, pendant la grand-messe, en l’absence des Montcy.

- Chez moi? Dans mon lit?

- Tu y vois un inconvénient, ta couche doit être confortable, et puis j’ai envie de faire l’amour dans le château, tu comprends.

- Et le pauvre fiancé, tu le trompes sans vergogne.

- Non mon ami, jamais depuis le regain, je suis sage.

- Sauf avec moi?

- Tu ne peux imaginer, dès que j’arrive dans ma campagne, dans cette cambrousse qui m’a vue naître et grandir, je suis animée de désirs incontrôlables, profites-en Olivier Montcy de Labréville.

- Ta voiture, une Américaine?

- Une Cadillac, tu veux descendre avec moi, tu as déjà fait l’amour dans une limousine.

- Je n’ai pas ton passé.

- Vilain garçon, je me demande...à demain.

 

Les promesses de Jacqueline dépassent mes espérances, elle est en forme dans son terroir et je découvre mon lit autrement que pour dormir.

- J’ai évité de me parfumer, sinon ta mère aurait deviné le passage d’une femme, tu vois, un bon lit confortable, c’est l’endroit idéal, le foin et les cabanons c’est pour l’insolite, le folklore.

- Tu restes plusieurs jours?

- Je voulais éviter de gâcher notre plaisir, je prends l’autorail dès demain matin, nous nous reverrons à Pâques ou aux grandes vacances. J’asticote Gaétan pour qu’il fasse construire une maison de campagne à Montclair.

- Ainsi tu pourras lui offrir le meilleur de toi même...Pour grand-père, tu peux me dire ce que tu sais?

- Concernant sa maîtresse? Tu es têtu.

- Un petit indice.

-Je n’ai aucune envie de trahir les secrets d’un défunt, cela porte malheur.

Jacqueline m’accorde un dernier baiser et disparaît.

Il était temps, les deux voitures entraient dans la cour.

- Tu aurais pu venir avec nous, c’est bien la première fois que tu manques la grand-messe de Noël alors que toute la paroisse était présente.

- Les Durieux aussi?

-Non,  ils sont dans leur famille.

Si tu savais ma petite maman comme j’ai encore moins de regret.

Oncle Charles me regarde d’un air goguenard.

- Monsieur fait la grasse matinée à présent, pourtant tu as l’air fatigué, des cauchemars peut-être...tu n’as pas vu la sépulture de ton bon ami Albert? une quête parmi les villageois a permis la pose d’une superbe pierre tombale,  voici ce manant enterré comme un seigneur.

- C’était la moindre des choses, les paysans de Labréville lui devaient bien ce cadeau posthume, et puis dans le trou, il n’est plus dangereux.

- Si tu veux...je me suis laissé dire que tu as été traire ses biquettes, sais-tu que les démineurs ont dégagés deux obus de beau calibre situés dans l’enclos des bêtes, ils étaient munis de leur fusée, à quelques centimètres du sol, un petit choc et tu sautais en l’air avec la belle Nénette, d’une autre façon que dans son lit, tu serais mort le même jour que ton grand-père tu te rends compte,  la coïncidence.

Oncle Charles me paraît bien au courant, serait-il client de Nénette?

Tante Alice fait la grimace dans son dos, son mari ignore que c’est elle qui m’accompagnait la veille dans l’enclos miné.

 

 



04/01/2011
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