Motsetphotos

Motsetphotos

Le grand verger (suite)

………………………………..

- Une petite promenade vers le bois Louis, ça te dit mon garçon? J’en ai marre de piocher les mauvaises herbes, avec ces pluies continuelles, elles poussent plus vite que les salades

…………………………

L’offre de l’ancien employé m’agrée, nous sommes à moins d’un kilomètre de cet endroit boisé et je suis bien chaussé.

Le sentier qui mène à ce bois est agréable, bordé de haies vives habitées par une foultitude d’oiseaux, ces haies ont survécu à l’essartage systématique de tous les bosquets environnants.

- Ton grand-père s’était opposé à la destruction de ces buissons, il avait raison,  nous comptons sur toi pour les préserver.

Je soupçonne fort le vieil Auguste de m’avoir attiré sur ce chemin pour me parler de la vie de ces arbustes, j’ai entendu Vincent parler de les raser, ils sont gênants et, si la ferme se mécanise, ils vont être en grand danger.

- Parlez-moi encore de papa.

- Jeune homme, Jeannot était capricieux comme un enfant, trop gâté par ta grand-mère qui lui pardonnait ses bêtises, il voulait faire du théâtre et du cinéma, de la musique, de la radio, ensuite il a eu d’autres lubies plus coûteuses et surtout plus dangereuses, de la course automobile il est passé à l’aviation, il a obtenu rapidement son brevet de pilote…

Auguste doit oublier volontairement d’autres faits, captés au cours de conversations, comme les multiples renvois de lycées, les paris stupides, des pertes d’argent dans les casinos et les histoires de femmes.

Nous arrivons à l’orée du  bois Louis, c’est le vestige d’une forêt plus étendue qui existait encore au siècle dernier, l’instituteur nous avait parlé de cet endroit où travaillaient des bûcherons et des charbonniers. La partie sauvegardée a échappé au défrichage en raison de la configuration de son sol, il n’est que creux et bosses.

- C’est un mystère de la nature ou alors il s’est passé des choses étranges dans ce périmètre, certains prétendent qu’une pluie de météorites s’est abattue à cet endroit.

Grand-père m’avait donné une autre version, ce bouleversement serait dû à la colère d’un ancêtre prénommé Louis justement; ce Montcy, ayant appris l’infidélité de son épouse,  se serait réfugié ici et, pendant des jours et des nuits, aurait remué la terre pour se calmer les nerfs, ce devait être un sacré gaillard lorsque l’on voit le résultat.

- Possible aussi qu’un trésor datant des chevaliers soit enfoui dans le secteur et que les anciens châtelains ont tenté de le découvrir ou tout bonnement  découvert, en attendant cette enclave forestière au milieu des champs est une bénédiction pour les animaux, ce bois doit être conservé aussi Olivier.

Je promets de m’ériger en défenseur de la nature si elle est menacée.

- Tu as vu comme c’est triste dans la prairie, toutes les haies rasées, les buissons disparus ah! c’est beau le modernisme.

Nous prenons le chemin du retour, Auguste continue ses jérémiades, il a raison, seulement les petites parcelles de terre sont peu pratiques à cultiver, et puis certaines fermes se mécanisent, les tracteurs font leur apparition, dans quelques années le paysage champêtre va se transformer.

- Pourvu que Charles nous laisse le logement.

- Quelle question?

- Je me méfie de ton oncle, de belles paroles et de vilains actes.

- Il n’est pas le maître absolu, j’ai mon mot à dire.

- Tant mieux, ma pauvre femme ne pourrait jamais quitter cette maison, elle en mourrait...autre chose qui me tient à cœur, tu sais que les pauvres gosses que garde Joséphine ont toujours eu l’autorisation de glaner le blé sur vos terres, ton oncle veut mettre fin à cette pratique, ce serait grave pour ces orphelins, les grains récoltés servent à nourrir leurs volailles.

- Je vais en parler à Vincent.

- Reviens nous voir Olivier, quand tu veux.



17/11/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 10 autres membres