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La carrière blanche

Avec Benoît, je consulte les photos prises le jour de la mort de l’entrepreneur, l’endroit au bord de la rivière où le corps a été retrouvé ainsi que le véhicule 4/4.

-Regarde les pneus, des traces blanches, la route de la rivière est pourtant en bonne état, le véhicule était garé sur un bas-côté stable, il était probablement passé sur un chantier avant, il avait la réputation d’avoir toujours un véhicule clean.

-Ces traces me rappellent…

-Je te vois venir Laurent, tu avais les mêmes traces blanches sur tes pneus après notre visite dans la carrière.

-Exact, en revenant en ville, je suis passé au lavage, même les bas de caisse étaient maculés d’une boue calcaire.

-Quelle est distance entre la carrière et la route qui longe la rivière à ton avis ?

-Une dizaine de kilomètres environ et justement le 4/4 a été aperçu sur ce trajet.

-Bizarre, la fille aurait été violée et tuée dans les premières heures de la matinée, alors que Guy Bertin était dans les parages de la carrière.

-Tu ne penses tout de même pas qu’il serait l’assassin et que, pris de remord, il se serait revolvérisé !

-Une hypothèse hasardeuse, mais qui sait !

Et si l’entrepreneur avait fait un tour dans la carrière, propriété de son beau-père, pour revoir la configuration, les possibilités de mettre en valeur ce site exceptionnel, comme l’affirme son beau-père, c’est plausible, et s’il avait surpris le ou les agresseurs de Virginie ?

 

Confirmation de ce que m’avait laissé entendre Joseph Monti, il apportait des preuves, dans les affaires de travaux fictifs de la participation active d’Alain Sarec, la bombe qui devait faire sauter l’entreprise Bertin et la société Montimmo par ricochet était bien désamorcée. Pire, les éléments fournis par le promoteur et authentifiés, risquaient de mettre le maire dans une position inconfortable, il lui faudrait effectuer une nouvelle pirouette pour échapper à la justice. Cette fois, il avait une marge de manœuvre réduite, la sécession de deux adjoints et de cinq conseillers municipaux aggravait son cas, d’autres membres de sa majorité avaient également exprimé leur opposition au sujet de mesures prises au niveau de la sécurité jugées impopulaires, la bombe avait changé de camp et les menaces de dissolution et de réélection planaient sur la ville. Tous les observateurs étaient d’accord,  Sarec n’aurait aucune chance d’être réélu, et d’ailleurs il risquait d’être inéligible. Jean-Yves, mon collègue plus spécialement chargé de la politique et que le maire avait traité de Don Quichotte de la Manchette dans une réunion publique, préparaient sa riposte.

-Je vais parler des moulins de la galette, il comprendra et son entourage aussi.

 

Je recevais un coup de fil de Joseph Monti.

-Alors ! Je vous l’avais promis, merci de rectifier le tir dans vos colonnes, de remettre les pendules à l’heure, surtout en  mémoire de Guy.

-Guy se doutait-il de cette conclusion ?

-Comme moi, il l’espérait, il avait confiance…Je peux vous l’avouer maintenant, je ne pouvais le déclarer avant, j’ai de gros doutes sur le suicide de mon gendre… Concernant le projet immobilier de la carrière, j’y renonce, le directeur actuel de l’entreprise Bertin est un peu tendre pour supporter un tel poids et vous comprenez que pour la réalisation, je ne vais pas solliciter une autre entreprise.

  

J’avais vu juste, après la parution de mon article m’étonnant du silence de la PJ concernant le meurtre de la jeune fille, l’inspecteur Olivier m’appelait.

-Tu es à sec d’informations en ce moment, pourquoi cette question, ou alors tu as appris certaines choses, je te connais, à l’occasion passe me voir, demain matin, en principe, je ne bouge pas du bureau.

A l’occasion ? Comme tout policier qui se respecte, Olivier veut avoir la main et sa proposition ressemble à un ordre.

-Nous allions donner quelques renseignements à la presse à ce sujet, nous étions sur une piste, celle d’une sorte de globe-trotter du crime, il est à l’ombre à Toulouse, il a avoué trois crimes de jeunes femmes, trois victimes violées et étranglées de la même façon que Virginie Maury, mais il nie encore.

-A part le jeune homme mis hors de cause, je crois savoir que vous aviez un autre proche dans le collimateur.

-Je te vois venir, le beau-père, fausse piste, il n’a pas quitté le volant de son camion ce jour-là, un témoin est formel.

-Vous avez relevé des traces de véhicules dans la carrière ?

-Tu sais que ce sont les gendarmes qui ont été appelés dès la découverte, ce sont eux qui se sont rendus les premiers sur les lieux avant de nous laisser l’affaire, alors des traces de pneus, crois-moi ils en ont laissées, et puis d’autres aussi, même des journalistes, tu vois lesquels…

J’évoque l’affaire Bertin.

-N’attends rien de neuf de ce côté, je sais, la veuve reste persuadée que son mari ne s’est pas suicidé, cela se comprend, c’est humain.

-Tu crois qu’il avait un motif sérieux pour en arriver à une solution extrême, les fameuses affaires se délitent, il comptait sur cette nouvelle donne ?

-C’est vrai, peut-être autre chose que cette histoire de financement occulte, sa société en perte de vitesse en raison de  la crise, quelques malfaçons sur des chantiers, des menaces de grève, nous avons découvert de multiples raisons et c’est parfois une accumulation de problèmes qui provoque un ras-le-bol…Toi, tu as été contacté par madame Bertin, tu es tombé sous son charme, avoue, je te souhaite bien du courage.

Je parle de la conviction de l’ancienne secrétaire sans évoquer le mot qu’elle a fait parvenir à Elisa Bertin.

-Roger Valette affirme que son épouse ne pouvait croire à un suicide.

-Elle faisait partie de l’entourage proche de l’entrepreneur, comme la plupart des cadres qui réfute la version officielle, entre nous, tu penses que des révélations auraient mis certaines personnes en péril, les politiques arrivent toujours à se tirer d’affaire, ils ne craignaient pas Bertin au point de le supprimer, ton amie la veuve doit se faire une raison.

C’est le moment d’évoquer l’achat de la carrière par la société Montimmo et des traces blanches sur les pneus du 4/4 de Guy Bertin.

-Tu sais que dans notre région, de nombreux terrains ont la même composition que celui la carrière, ce calcaire un peu crayeux, l’entrepreneur avait certainement fait un tour sur l’un de ses chantiers et puis, en admettant qu’il surprenne le coupable, tu crois qu’un tel individu aurait eu la présence d’esprit, après avoir commis un acte odieux, de subtiliser le révolver dans la boite à gants de l’entrepreneur, de le flinguer à bout portant, de transporter son corps dans le 4/4 et de le déposer au bord de la rivière, tu imagines une telle mise en scène, aucune autre empreinte que celles de la victime, ni sur l’arme, ni sur les poignées de porte, le volant et le levier de vitesse, a été relevée et aucune trace de sang dans le 4/4.

-Il a effacé ses empreintes sur l’arme, il a conduit avec des gants, il a pris des précautions pour pas laisser de trace dans le véhicule.

-Un pro dans ce cas, bon, pour te faire plaisir, je mets tout de même ta suggestion en réserve.

J’aurais aimé savoir pourquoi la PJ a interrogé monsieur Monti cinq mois après la mort de son gendre, mais je préfère ne rien demander pour le moment, plus tard peut-être !


02/12/2011
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